Et si notre vie prenait un autre chemin ?
En 2001, nous étions jeunes mariés, avec notre petit Killian qui avait à peine six mois. Mes parents vivaient alors au Sénégal, où ils travaillaient, et nous avons décidé de partir les retrouver pour une quinzaine de jours. On pourrait appeler cela un voyage de noces, mais ce n’était pas vraiment l’idée. Nous avions surtout envie de partir, de retrouver ma famille et de découvrir le pays avec notre bébé. Et, fidèle à moi-même, je n’avais surtout pas envie de passer des semaines à organiser un programme au millimètre !
Nous avons donc pris la petite Peugeot 205 rouge de ma mère et nous sommes partis sur les routes du Sénégal avec Killian. Nous roulions, nous découvrions, nous nous arrêtions au gré de nos envies. Nous n’avions pas vraiment de planning et, finalement, c’est probablement ce qui a permis à la suite d’arriver.
Un soir, alors que nous étions partis en brousse, la lumière commençait à tomber. Les paysages changeaient doucement de couleur, les baobabs se découpaient dans le ciel et la journée laissait place à cette lumière particulière des fins de journée africaines. Au loin, nous avons aperçu quelques lumières. Je ne sais plus exactement ce qui m’a poussée à dire à Kevin : « Tiens, si on allait voir ? » Mais nous avons suivi ces lumières.
Nous ne savions pas vraiment où nous allions dormir. Nous nous sommes dit que nous trouverions bien quelque chose. Et nous avons découvert les Collines de Niassam.
Une cabane dans les baobabs
À l’époque, en 2001, le lieu était tout récent. Nous faisions partie des premiers visiteurs à y séjourner. Et lorsque j’ai découvert notre cabane, quelque chose s’est passé en moi.
Ce n’était pourtant pas une cabane comme celles que l’on connaît aujourd’hui aux Landines. Elle était assez simple, fermée, avec quelques petites ouvertures, un lit, une moustiquaire et très peu de décoration. Mais elle était installée dans les baobabs. À l’extérieur, une terrasse se trouvait dans les branches et donnait sur le fleuve.
Et surtout, il y avait cette sensation incroyable d’être là, au milieu de la nature, sans avoir besoin de grand-chose.
Depuis la terrasse, on pouvait observer les animaux sauvages qui venaient s’abreuver. Tout était là : le fleuve, les baobabs, la végétation, la terre rouge, le bois sombre, les bruits de la brousse… Et puis, juste en dessous de la cabane, il y avait la douche installée au milieu des racines.
Cette douche dans les racines m’a particulièrement marquée. Je trouvais cela extraordinaire. Prendre sa douche là, dans cet environnement, avec cette impression d’être complètement dehors tout en étant chez soi… C’était très simple et, justement pour cette raison, absolument magique.
Je crois que je n’ai pas seulement trouvé l’endroit beau. J’ai reconnu quelque chose.
Toute mon enfance était là, d’une certaine manière.
Les carbets de Guyane, les animaux, les chevaux du Bénin, les week-ends en brousse au Cameroun, les nuits dans les dunes du Niger, cette habitude de vivre dehors et de profiter de ce que la nature avait à offrir… Tout cela me revenait d’un seul coup, mais sous une forme différente. Quelqu’un avait réussi à créer un lieu où l’on pouvait venir vivre cette proximité avec la nature, même pour quelques jours.
Et cette idée m’a immédiatement plu.
Plus qu’une cabane, une autre façon de vivre
Ce qui m’a frappée aux Collines de Niassam, ce n’était d’ailleurs pas seulement la cabane. C’était toute la manière dont le lieu avait été imaginé.
Il y avait des panneaux solaires, une certaine autonomie, des produits locaux, des confitures fabriquées sur place, une vraie simplicité. Le lieu était isolé, mais il n’était pas coupé de la vie locale. Au contraire, l’activité permettait aussi à des habitants du village de travailler.
Je découvrais finalement bien plus qu'un hébergement insolite. Je découvrais une façon d'accueillir, de vivre avec son environnement et de faire d'un lieu naturel une véritable expérience.
Et je crois que c'est là que quelque chose a commencé à germer.
Je ne me suis pas dit : « Je vais ouvrir un hôtel. » Je n'avais d'ailleurs aucune idée de la façon dont on pouvait faire cela. Je me suis simplement dit : « J'aimerais faire vivre ça à d'autres personnes. »
C'est une nuance importante, parce que ce qui m'intéressait n'était pas la chambre ou la cabane en elle-même. C'était ce que l'on ressentait à l'intérieur. Cette impression d'être ailleurs. D'être seul au monde. De retrouver quelque chose de très simple. De prendre le temps. D'entendre les bruits autour de soi. De regarder le ciel. De vivre quelques jours autrement.
Et sans le savoir, je venais de mettre des mots sur quelque chose qui allait devenir le cœur des Landines.
Une idée qui ne me quitte plus
Nous avons continué notre voyage. Nous sommes notamment passés par Fadiouth et avons poursuivi notre découverte du Sénégal. Nous avons aussi séjourné quelques jours dans un petit hôtel simple, près des mangroves.
Et c'est là que j'ai commencé à parler sérieusement de ce qui venait de se passer avec Kevin.
Je lui ai dit, en substance : « Je crois que je viens d'avoir une révélation. Je ne suis pas sûre d'avoir envie de continuer ma vie parisienne comme ça. Ce que je viens de vivre, j'ai envie de le faire découvrir en France. »
L'idée était encore complètement floue. Je ne savais pas où, je ne savais pas comment, je ne savais pas avec quels moyens. Mais je savais ce que je voulais transmettre.
Je voulais que des personnes puissent, elles aussi, arriver quelque part et avoir cette sensation d'être coupées du monde. Qu'elles puissent retrouver le silence, les arbres, les odeurs de la nature, le ciel au-dessus d'elles, la simplicité et cette petite impression d'aventure que l'on ressent lorsque l'on dort dans un endroit qui ne ressemble pas à sa maison.
Je ne pensais pas encore en termes de « concept ». Je pensais en termes de sensation.
Et surtout, je n'avais pas envie de reproduire le Sénégal. Je voulais trouver une manière de faire naître cette même émotion ici, en France.
Alors, pendant que nous reprenions notre vie, l'idée a commencé à faire son chemin dans ma tête.
Comment faire une cabane dans un arbre ici ? Quels arbres pourraient convenir ? Comment retrouver cette sensation d'immersion ? Comment faire quelque chose qui soit à la fois très simple, très naturel et vraiment différent de ce que l'on trouvait habituellement ?
Je pensais aux baobabs du Sénégal.
Et peu à peu, je me suis mise à regarder les chênes autrement.
Le Sénégal derrière nous, les Landines encore loin devant
À notre retour, nous avions toujours notre petit appartement en région parisienne, notre bébé, nos vies professionnelles et aucune certitude sur la suite. Nous aurions très bien pu reprendre notre quotidien et laisser cette idée rester un joli souvenir de voyage.
Mais elle ne m'a pas quittée.
Nous avons même envisagé de repartir à l'étranger. Après tout, nous avions tous les deux grandi en Afrique et cette vie nous attirait toujours. Mais la vie en a décidé autrement.
Kevin n'a finalement pas obtenu le poste qu'il espérait. En revanche, une possibilité professionnelle s'est présentée en Gironde. De mon côté, cette région avait aussi du sens, notamment parce que ma famille y était présente. Et puis il y avait quelque chose d'évident : si je voulais un jour donner une forme concrète à cette idée de cabane, il me fallait de l'espace, des arbres et de la nature.
Nous avons donc décidé de partir.
À ce moment-là, nous ne savions pas encore que nous allions découvrir une ancienne tuilerie perdue dans les bois, ni que quelques années plus tard, nous allions y construire nos premières cabanes.
Mais le voyage au Sénégal avait fait son travail.
Il avait ouvert une porte.
Et désormais, il fallait trouver l'endroit où cette idée pourrait devenir réelle.